Le pillage financier, maître au quotidien

David CabasEntrez en Résistance, Octobre 2014

La majorité de la population est en train de subir les conséquences de la crise financière : chômage, précarité, paupérisation, exclusion sociale… Pourtant, la France conserve son titre de vice-champion d’Europe des versements de dividendes et comptera 12 nouveaux milliardaires en 2014 !
Il devient alors légitime de se poser la question de l’orientation de l’argent dans notre économie, et je profite de ce premier numéro pour fixer le débat autour des vrais responsables de la crise, alors que les médias de masse et nos responsables politiques aimeraient nous faire croire que le problème, ce sont les pauvres, les chômeurs, les malades, les jeunes, les vieux …

Donc à qui la faute ?

Depuis une quarantaine d’années, nous avons laissé des intérêts financiers mettre en place un système où l’argent va l’argent et plus au travail. Que cela cause la destruction de notre société, ce n’est pas leur problème : ils ne servent pas un pays, mais le grand casino spéculatif de Wall Street et de la City de Londres. Certains disent que c’est un sujet « trop éloigné des gens »… Voyons donc comment ce pillage financier, vous comme moi, nous le subissons. Au quotidien.

– Dans votre fiche de paie

Depuis le début des années, au moins 8% du PIB français est passé de la poche des salariés à celles des actionnaires, rentiers et autres financiers. Dans la même veine, on peut se demander : où est passé l’argent du CICE ? Petit indice : d’avril à juin 2014, les dividendes en France ont augmenté de 30%.
Dans le pillage du travail, il y a aussi le rôle des LBO, montages financiers qui consistent à acheter des entreprises en ne payant qu’une faible fraction du prix, disons 10%, en complétant les 90% restant par la vente de l’entreprise morceau par morceau, aux grès des opportunités. Gros bénef à la clé, puis tout le monde à la porte!
Dans un article sur le prix du capital Laurent Cordonnier précise : « Qui peut dire en effet l’énorme gaspillage de richesses jamais produites, d’emplois jamais créés, de projets collectifs, sociaux, environnementaux jamais entrepris du seul fait que le seuil d’éligibilité pour les mettre en œuvre est d’atteindre une rentabilité annuelle de 15 % ? (…) La bonne question est donc la suivante : dans un monde où ne sont mises en œuvre que les actions, individuelles ou collectives, qui rapportent entre 15 % et 30 % par an, quelle est la surface du cimetière des idées qui n’ont jamais vu le jour, parce qu’elles n’auraient rapporté qu’entre 0 et 15 % ? »

– A la caisse, dans les factures

L’affaire des lasagnes au cheval l’a brutalement montré, la spéculation est dans nos assiettes ! A chaque achat (objet, nourriture, essence, gaz…), une bonne partie du prix que nous payons ne revient ni au producteur, ni aux transporteurs, ni au vendeur… ni aux éventuels actionnaires de ces entreprises. Mais aux spéculateurs qui ont acheté et revendu plus cher les matières premières nécessaires pour fabriquer le bien. On estime aujourd’hui que 80% du négoce de matières premières est purement spéculatif. Ce processus met aussi en péril les producteurs, dans un monde où la concurrence déloyale casse les prix à la vente.
Pour couronner le tout, nous effectuons ces achats avec une monnaie qui perd sa valeur à mesure que la Banque centrale européenne sort des milliards d’euros de son chapeau magique pour sauver les banques.

– Sur votre avis d’imposition

Les Rennais en savent quelque chose : la collectivité devra payer 200 millions d’euros, uniquement en intérêts, à la banque qui lui a prêté pour la construction de la ligne B du métro (pour un coût total de 400 millions !).
Au niveau national, cela fait déjà 40 ans que les financiers privés s’engraissent sur le dos de l’Etat, à travers la fameuse dette publique (cette année, nous paierons 46,7 milliards d’euros d’intérêts, soit plus que pour l’éducation et la défense nationales).
Entre-temps, la privatisation de Dexia a permis de généraliser le pillage aux collectivités et organismes publics, quitte à recourir à la fraude à travers des aménagements de prêt, refinancement de prêts, emprunts toxiques… Cela représenterait 17 milliards d’euros. Que nous paierons par nos impôts locaux. Car le 28 juillet, nos députés et sénateurs ont légalisé la chose en interdisant aux collectivités de se défendre devant la justice, en échange de quelques miettes pour les aider à payer le voleur.

– Et… sur votre compte bancaire

Selon Envoyé Spécial, les 6 banques françaises ont gagné 65 milliards en frais bancaires, soit 40% de leur CA. Or les agios, frais bancaires et autres commissions d’intervention qui sont notre lot quotidien sont très souvent illégaux !

La liste est incomplète (l’on pourrait aussi mentionner les partenariats public-privé, les privatisations…), et pourtant elle montre bien l’incroyable escroquerie qui régit impunément votre quotidien avec la complicité scandaleuse de nos élites, parlementaires et gouvernements.

Trahison

Avec le crash de 2007 et 2008, il était plus que possible –et vital– d’envoyer valser cette vaste arnaque dans les poubelles de l’histoire. Mais Nicolas Sarkozy se couche et capitule rapidement après avoir nourri l’illusion lors de son discours de Toulon, le 25 septembre 2008, sur la nécessaire refondation du capitalisme devenu fou.
Puis, de nouveaux espoirs sont nés en 2012. D’abord avec le courrier adressé à Montebourg par François Hollande : « Je veux faire en 2012 la réforme du fonctionnement des marchés financiers qui a été abandonnée en chemin par Nicolas Sarkozy. Ce n’est pas seulement une question de justice : c’est une question de survie de nos économies et de souveraineté préservée pour notre pays. » Ensuite, lors d’un déplacement en Martinique : « Il n’y aura pas de redressement s’il n’y a pas de maîtrise de la finance, de changement de comportement bancaire de lutte contre la spéculation… Il n’y aura pas de redressement si nous ne changeons pas un certain nombre de règles á l’échelle du monde, de l’Europe et de la France. Nous avons un adversaire dans cette campagne ce n’est pas la droite, c’est le capitalisme financier. » Enfin, une semaine plus tard, il récite au Bourget sa célèbre diatribe sur le monde de la finance.
François Hollande avait raison : il n’y aura pas de redressement sans réforme profonde du monde de la finance. Il est au courant, sa trahison est donc encore pire. En plein débat sur le mariage gay, est passée, quasiment inaperçue, une fausse réforme bancaire qui ne touche qu’à 2 % à peine des activités spéculatives. Depuis, le dossier est officiellement clos.

La solution ?

Elle n’est pas dans le son du tocsin appelant au repli sur soi, qu’il soit version Marine, version autonomiste, ou encore localiste. Face à la démission de nos responsables politiques, nous, citoyens, devons reprendre la main, et nous organiser afin d’exiger :

– une vraie reforme bancaire, afin de mettre en faillite les spéculateurs par une commission d’enquête parlementaire sur les agissements et les dettes des banques, et une remise en application de la loi de 1945, séparant les banques d’affaires et les banques de dépôts.

– la remise en place d’un crédit émis par l’Etat, au service d’une relance massive de l’économie productive : cela devra être assuré par une banque sous contrôle de la nation (crédit public productif et démocratique, comme ce fut le cas entre 1945 et 1973).

– une mise en faillite organisée du système bancaire et de l’Euro, ainsi qu’une sortie de l’UE, et de l’OTAN. C’est inévitable pour retrouver une marge de manœuvre, hors de la tyrannie de Bruxelles devenue le relais des financiers, et coopérer entre nations librement et de manière constructive.

Joignez-vous donc à nous dans une nouvelle Résistance, pour briser les chaînes de ce système financier assassin et mettre en œuvre ces solutions !

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